La facturation « pour ordre et pour compte » : un cas particulier

Ce cas d'usage existe quand un tiers émet matériellement la facture au nom et pour le compte du vendeur. Ceci implique un mandat de facturation, une traduction spécifique dans Factur-X (bloc Tiers Facturant, note de mandat) et l'orchestration du routage et des statuts entre plateformes agréées.

Cas d'usage AFNOR XP Z12-014 — n°19a  ·  Profil EXTENDED-CTC-FR

De quoi parle-t-on ?

« Pour ordre et pour compte » (P/O – P/C) désigne la situation où un tiers facturant (le mandataire) crée et émet matériellement la facture au nom et pour le compte du vendeur (le mandant). C'est la formulation commerciale usuelle du mandat de facturation ; la doctrine fiscale, elle, retient l'expression « au nom et pour le compte de ».

Point essentiel : la facture reste juridiquement celle du vendeur. Ce dernier demeure l'assujetti redevable de la TVA et reste responsable du contenu de la facture et de ses obligations déclaratives, même si un prestataire, un concessionnaire, une place de marché ou une centrale l'établit à sa place.

Ne pas confondre avec l'auto-facturation

Les deux cas reposent sur le même socle juridique (le mandat), mais diffèrent par l'identité de l'émetteur :

  • Cas n°19a — la facture est émise par un tiers distinct de l'acheteur (tiers facturant). C'est l'objet de cette page.
  • Cas n°19b — la facture est émise par l'acheteur lui-même pour le compte du vendeur : c'est l'auto-facturation, qui a ses propres codes techniques (type de facture spécifique, règles d'adressage inversées).

Le tiers facturant est également à distinguer des autres tiers prévus par le profil français : le payeur (EXT-FR-FE-BG-02), les agents de vendeur ou d'acheteur, ou le facturé à. Le facturant est spécifiquement celui qui crée et transmet la facture sous mandat.

Cadre juridique

La faculté de faire émettre ses factures par un tiers est ancienne et bien encadrée. La réforme de la facturation électronique ne la crée pas : elle l'outille techniquement.

CGI, art. 289, I-2
Les factures peuvent être matériellement émises par le client ou par un tiers lorsque l'assujetti leur donne mandat à cet effet. Sous réserve de son acceptation par l'assujetti, chaque facture est émise en son nom et pour son compte.
CGI, ann. II,
art. 242 nonies
Exige un mandat écrit et préalable. Impose aussi de déposer un état auprès du service des impôts (nom et adresse du tiers mandaté) lorsque celui-ci établit de façon régulière des factures au nom et pour le compte de l'assujetti, dans les mêmes délais que la déclaration de résultats.
BOI-TVA-DECLA-
30-20-10
Doctrine fiscale sur le mandat de facturation : conditions, obligation d'acceptation par le fournisseur, portée. Recommande de porter sur la facture la mention du mandat et rappelle que le mandat vise en principe les factures initiales, non les rectificatives.

La mention recommandée. Pour lever toute ambiguïté, la doctrine recommande de faire figurer sur la facture une mention du type : « Facture établie par [le mandataire] au nom et pour le compte de [le vendeur] ». C'est cette mention que l'on portera en clair dans le XML (voir §3).

Conséquences pratiques du mandat : le vendeur doit accepter les factures émises en son nom ; il doit surtout avoir accès à toutes ces factures, faute de quoi sa comptabilité et sa déclaration de TVA seraient incomplètes ; enfin, les factures sous mandat doivent être émises dès le fait générateur, la facturation périodique n'étant en principe pas ouverte dans ce cadre.

Traduction dans Factur-X

En France, le socle de la réforme s'appuie sur le profil EXTENDED-CTC-FR, extension nationale de la norme EN 16931 définie par la norme AFNOR XP Z12-012. Ce profil ajoute au noyau européen les tiers et mentions propres au dispositif français, dont le bloc Tiers FACTURANT.

Profil (BT-24)
urn:cen.eu:en16931:2017#conformant#urn.cpro.gouv.fr:1p0:extended-ctc-fr
BT-3
Type de facture
380 (facture commerciale). Le cas n°19a reste une facture standard : il n'y a pas de code de type spécifique au mandat, contrairement à l'auto-facturation (cas n°19b).

Deux mécanismes, complémentaires, permettent de porter l'information de mandat. La bonne pratique consiste à utiliser les deux : l'un lisible par la machine, l'autre par un humain.

a) Le bloc structuré « Tiers Facturant »

Le profil français permet d'identifier explicitement le mandataire dans un bloc dédié.

EXT-FR-FE-BG-05
Bloc Tiers FACTURANT. Identifie le tiers qui crée et émet la facture pour le compte du vendeur : raison sociale, identifiant légal (SIREN qualifié par le schéma 0002), coordonnées. Donnée exploitable par les plateformes et les systèmes du destinataire.

b) La mention textuelle en note de facture

À défaut, ou en complément, la mention du mandat se porte dans une note de facture, en s'appuyant sur le code sujet dédié aux mentions déclaratives :

BG-1
Note de facture (groupe standard EN 16931).
BT-21
Code du sujet de la note = DCL (liste UNTDID 4451 — mention déclarative). C'est le code retenu pour la mention du mandat.
BT-22
Texte de la note = « Facture établie par [mandataire] au nom et pour le compte de [vendeur] ».
<!-- CII / Factur-X — extrait : note de mandat -->
<ram:IncludedNote>
  <ram:Content>Facture établie par MANDATAIRE SAS au nom et pour le compte de VENDEUR SARL</ram:Content>   <!-- BT-22 -->
  <ram:SubjectCode>DCL</ram:SubjectCode>                          <!-- BT-21 -->
</ram:IncludedNote>

Récapitulatif. Bloc EXT-FR-FE-BG-05 pour la donnée structurée + note BG-1 / BT-21=DCL / BT-22 pour la mention lisible. Le tout dans un profil EXTENDED-CTC-FR, en type BT-3=380.

Routage et statuts

Identifier le mandataire dans la facture ne suffit pas : il faut décider par quelle plateforme agréée (PA) transitent la facture et surtout les statuts du cycle de vie (dépôt, mise à disposition, refus, encaissement…). Ce pilotage repose sur deux adresses électroniques de facturation (AFE).

BT-49
Adresse électronique de l'acheteur. Sert à router la facture vers la PA de réception de l'acheteur. Format 0225:SIREN (éventuellement SIREN_service), devant être actif dans l'annuaire.
BT-34
Adresse électronique du vendeur. C'est l'adresse vers laquelle reviennent les statuts émis par la plateforme de l'acheteur. Son routage dans l'annuaire détermine quelle PA reçoit ces retours.

Deux montages selon la PA utilisée

Option A — via la PA du vendeur

accès partagé

Le mandataire accède à la PA du vendeur pour y déposer les factures.

  • Le BT-34 pointe vers l'AFE du vendeur, routée vers sa PA.
  • Les statuts reviennent naturellement chez le vendeur.
  • Le vendeur garde la main, notamment sur le statut « Encaissée ».

Option B — via la PA du mandataire

tiers facturant déclaré

Le mandataire émet depuis sa propre plateforme (sa PA-E).

  • Il renseigne en BT-34 une AFE dont le routage dans l'annuaire désigne sa PA-E comme réceptrice des statuts.
  • Les retours (dépôt, refus, etc.) arrivent alors chez le mandataire.
  • Il doit ensuite reverser factures et statuts au vendeur.

Deux garde-fous à ne pas manquer.

1. Format et annuaire. Les adresses BT-34 / BT-49 doivent respecter les règles de gestion françaises (schéma 0225, construites sur le SIREN) et être actives dans l'annuaire avec le bon routage. C'est la déclaration dans l'annuaire — non le seul contenu du XML — qui aiguille réellement les flux.

2. Statut « Encaissée ». Seul le vendeur connaît l'encaissement réel : c'est donc à lui d'émettre ce statut, soit directement, soit en donnant instruction au mandataire de le poser pour son compte.

Côté fiscal, les données de transaction (e-reporting) restent rattachées au vendeur : le montage technique du mandataire n'en modifie pas l'imputation.

Points de vigilance

Une check-list opérationnelle avant de mettre en production un flux « pour ordre et pour compte » :

  • Un mandat écrit et préalable existe, avec périmètre et durée définis, et couvre bien les opérations concernées.
  • Le cas échéant, l'état a été déposé auprès du service des impôts pour l'émission régulière par le tiers.
  • La mention du mandat est portée : bloc EXT-FR-FE-BG-05 et note BG-1 / BT-21=DCL / BT-22.
  • Le vendeur reçoit et accepte l'intégralité de ses factures et de leurs statuts.
  • BT-34 et BT-49 sont corrects, au schéma 0225, et actifs dans l'annuaire avec le routage voulu.
  • Le statut « Encaissée » reste piloté par le vendeur.
  • Les factures sont émises dès le fait générateur (pas de facturation périodique sous mandat).
  • Les factures rectificatives sont traitées hors mandat, en principe par le vendeur.

Textes et spécifications de référence

Les liens ci-dessous renvoient aux sources primaires (textes légaux et normes). Le calendrier et la terminologie « PA » découlent de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, art. 123) et de ses textes d'application, qui consacrent le remplacement de « PDP » par « plateforme agréée » et le recentrage du PPF : obligation de réception pour toutes les entreprises et d'émission pour les grandes entreprises et ETI au 1er septembre 2026, émission pour les PME et micro-entreprises au 1er septembre 2027.

  1. CGI — Article 289Obligations de facturation et faculté d'émission par un tiers sous mandat (I-2). legifrance.gouv.fr — art. 289
  2. CGI — Annexe II, article 242 noniesMandat écrit et préalable, dépôt de l'état auprès du service des impôts. legifrance.gouv.fr — section Factures
  3. BOI-TVA-DECLA-30-20-10Doctrine fiscale sur le mandat de facturation (conditions, acceptation, mention recommandée). bofip.impots.gouv.fr
  4. AFNOR XP Z12-014 — Cas d'usage B2B (Annexe A)Cas n°19a (facture par tiers facturant) et n°19b (auto-facturation). fnfe-mpe.org (PDF)
  5. FNFE-MPE — Factur-X et pack de validationSpécification Factur-X, schematrons EN 16931 / EXTENDED-CTC-FR, XSD. fnfe-mpe.org

Document de synthèse à visée pédagogique. Il ne constitue ni un conseil juridique ni un conseil fiscal : pour un cas concret, se reporter aux textes cités et, au besoin, à un professionnel de la comptabilité ou du droit, ainsi qu'à la documentation de votre plateforme agréée.

Les numéros de codes (BT, BG, EXT-FR-FE) renvoient à la norme EN 16931 et à son extension française EXTENDED-CTC-FR ; vérifiez la version des spécifications en vigueur au moment de votre mise en œuvre.